|
Ce site Web est une gracieuseté de:
|
|

Natation. L’entraîneur d’Alain Bernard : « Je suis là pour le garder sur les bons rails » Denis Auguin pense qu'Alain Bernard peut nager le 100 m en 46''80. Photo : L'Alsace
« Hop ! » Lunettes de soleil sur le nez, un chronomètre dans chaque main, Denis Auguin lance l’exercice de ses sprinteurs. Puis il égraine les temps. Une séance de travail comme les autres au Cercle des Nageurs d’Antibes. Peu de mots comme dans un ballet bien réglé et une application de chaque instant. Au milieu du groupe, Alain Bernard dont les épaules sortent de l’eau quand le « hors-bord » démarre. Lui et Auguin, c’est huit ans d’un cheminement exemplaire ayant hissé le grand blond sur la plus haute marche. Confidence de l’homme ayant façonné le champion olympique du 100 m nage libre qui sera, à partir de vendredi, à Angers pour les championnats de France en petit bassin.
Denis Auguin, le travail d’un entraîneur, c’est quoi essentiellement ? Pour permettre à l’athlète de nager juste le plus longtemps possible, le plus souvent possible, il faut sans cesse revenir sur les fondamentaux. Comme les danseurs classiques qui travaillent à la barre et font des pointes chaque jour, nous, il y a des choses toutes simples qui reviennent constamment. Offrir le moins de résistance à l’avancement, se déplacer vite et loin à chaque action de bras… Une grosse partie du boulot, c’est rabâcher cela. Car plus la vitesse est élevée, plus ces fondamentaux sont durs à maîtriser. Donc, plus on veut aller vite, plus il faut être performant sur l’essentiel. « Répéter, ce n’est pas recommencer », disait Daniel Costantini (coach vainqueur avec les handballeurs de deux titres mondiaux). Cela s’applique tout à fait à la natation où chaque geste est unique, même s’il semble se répéter des milliers de fois. Et chaque compétition est aussi unique.
Après, il y a ce que vous appelez « toutes les petites choses qui permettent de grignoter du temps » ? Oui, c’est le départ, les virages, la nage aussi. Si on peut l’améliorer, on ne s’en prive pas. On cherche par exemple à gagner un centimètre par cycle de bras. Cela peut paraître ridicule, mais à l’arrivée, ça fait une seconde. Ce qui est colossal. Ainsi, on passe des heures et des heures pour des centimètres et des centièmes. C’est à la limite de l’entendement (rires). Des fois, je me dis que rapporté aux choses essentielles de la vie, ce n’est pas raisonnable ce qu’on fait. C’est bien de garder un peu de recul. Car ce n’est que du sport.
Vous avez recours de plus en plus pour cela à des moyens technologiques ? La vidéo et les moyens informatiques nous permettent d’analyser toutes les phases de la course : temps de réaction, vitesse à dix mètres, à quinze mètres, sortie de virage… Grâce à ces outils, on sait mieux comment se profiler dans l’eau, à quelle profondeur elle est plus stable. Mais attention à ne pas oublier l’essentiel : on a affaire à des êtres humains et c’est la relation entraîneur-nageur qui demeure primordiale.
Quel genre d’objectifs lui fixez-vous ? Je marche par temps cible. La saison dernière, c’était 47’’50 au 100 m, puis 47’’ tout rond. Désormais, c’est 46’’80 pour 2009. Il a ce chrono-là dans lui. Il lui reste à l’exprimer. Son premier record du monde (47’’60, puis 47’’50, le lendemain, lors des championnats d’Europe d’Eindhoven en mars 2008), c’était un peu une surprise.
Alain Bernard est-il difficile à entraîner ? Il y a des jours où c’est extrêmement conflictuel entre nous. Quand j’estime qu’il ne fait pas ce qu’il faut. Lui me dit qu’il ne peut pas faire mieux. Cela peut ainsi être tendu trois ou quatre jours. Puis on arrive à désamorcer le truc. Mon rôle, c’est de le guider. Moi, je suis essentiellement là pour le garder sur les bons rails. Je ne dirais pas qu’il pourrait s’entraîner tout seul, mais il sait ce qu’il doit travailler. 60 km par semaine, tout le monde nage ça. Mais c’est la qualité avec laquelle on entreprend les choses qui fait la différence. Là-dessus qu’Alain a beaucoup progressé.
Avez-vous eu peur qu’il change après les Jeux ? Pas le garçon lui-même, car je ne pense pas qu’il y avait de risque. Mais le nageur, oui, il pouvait changer. Allait-il réussir à tourner la page ? Comment se relancer et se trouver de nouveaux objectifs ? Dire qu’on veut être champion du monde et aller sous les 47 secondes, c’est bien. À condition de mettre réellement les choses en œuvre pour y arriver. On a donc discuté et il a fallu des recadrages. Même si, sur le moment, ce n’était pas très agréable pour lui. Le piège, c’est surtout ne pas tomber dans le tout va bien, dans la facilité. La facilité, c’est Melbourne (aux Mondiaux de 2007, Alain Bernard avait voulu s’économiser un peu et il avait bêtement raté la finale du 100 m).
Comment peut-on avoir de l’admiration pour son nageur et trouver les mots durs quand il le faut ? Il y a de l’admiration pour l’athlète qu’il est. On ne travaille pas depuis bientôt neuf ans ensemble, à raison de six heures par jour, sans qu’il y ait de l’affectif. Cela ajoute encore un peu à la difficulté. Alors, je lui dis : « Effectivement, tu es champion olympique. Effectivement, tu es un grand nageur. Effectivement, on s’aime beaucoup. Mais, si tu veux être champion du monde, il y a des moments où on ne sera pas d’accord, où je vais te casser les pieds, où tu ne pourras plus me voir en peinture, et moi aussi envers toi ». On a beaucoup progressé dans cette capacité à discuter tous les deux. La qualité de nos échanges facilite beaucoup les choses.
Avez-vous conscience que vous êtes l’entraîneur ayant fait gagner la plus belle médaille d’or française des Jeux ? Déjà que ce qu’on fait n’est pas bien raisonnable, alors si on se répète ce genre de truc tous les matins, on bascule dans je ne sais pas quoi. Surtout que le titre de Steve Guénot en lutte ou les handballeurs, c’était génial aussi.
Recueilli par Jean-Luc PELLIZZA.
|
 | Calendrier des activités |  |
 |
| | di | lu | ma | me | je | ve | sa |
|---|
| 29 | 30 | 31 | 1 | 2 | 3 | 4 | | 5 | 6 | 7 | 8 | 9 | 10 | 11 | | 12 | 13 | 14 | 15 | 16 | 17 | 18 | | 19 | 20 | 21 | 22 | 23 | 24 | 25 | | 26 | 27 | 28 | 29 | 30 | 1 | 2 | | 3 | 4 | 5 | 6 | 7 | 8 | 9 |
|  |
 |  |  |

|